La route vers le financement des ODD: mobiliser les ressources nationales (Dernier segment de la série)

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Les discussions concernant le financement du développement se sont traditionnellement concentrées sur la façon dont les sources internationales – y compris l’aide publique au développement (APD), les envois de fonds et le financement privé international – sont essentiels pour garantir que les pays en développement atteignent les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies. Cependant, il est impératif que nous reconnaissions le rôle fondamental que la mobilisation des ressources nationales doit jouer pour combler le déficit de financement des ODD actuellement observé en Amérique latine et dans les Caraïbes (ALC). Dans ce sixième et dernier chapitre de notre série «La route vers le financement des ODD», nous discutons des défis et des opportunités entourant la mobilisation des ressources intérieures en ALC, en mettant l’accent sur le financement des infrastructures liées aux ODD.

Pour commencer, il convient de noter que les infrastructures sont un thème transversal qui recoupe le Programme 2030, reconnu pour son impact économique, environnemental et social potentiel. Par exemple, en réduisant les coûts logistiques et en améliorant l’utilisation des facteurs de production, elle peut libérer des avantages économiques; en améliorant la consommation d’énergie et en réduisant les impacts environnementaux négatifs, il peut libérer des avantages environnementaux; et en améliorant la connectivité et l’accessibilité et en réduisant les inégalités, il peut libérer d’importants avantages sociaux pour les communautés du monde entier. Pourtant, même s’il est clair que les investissements dans les infrastructures stimulent la croissance économique et le développement durable, en tant que classe d’actifs, il présente des caractéristiques uniques qui peuvent compliquer l’investissement. Plus précisément, l’infrastructure est un investissement à long terme qui nécessite un niveau élevé de financement initial, mais ne fournit pas d’autres utilisations, a une période de maturité plus lente et génère des revenus en monnaie locale.


En conséquence, les investissements nécessaires pour combler le déficit d’infrastructure de la région (qui est estimé entre 3,7 et 7,4% du PIB par an), ne peuvent être fournis exclusivement par le secteur public. Et dans ce contexte, les investisseurs institutionnels apparaissent comme des sources potentielles de financement intérieur avec la richesse en ressources pour faire une brèche dans le déficit de financement des infrastructures, d’autant plus que la durée de vie à long terme des investissements dans les infrastructures s’aligne parfaitement avec les durées plus longues des portefeuilles qu’ils gérer, notamment dans le cas des fonds de pension et des compagnies d’assurance.

Pourtant, si cet alignement fait des investisseurs institutionnels une solution idéale au défi du financement des infrastructures en Amérique latine et aux Caraïbes, la mobilisation de ces ressources à grande échelle nécessite l’existence de cinq éléments structurels qui, dans de nombreux cas, sont absents ou limités dans les pays d’Amérique latine et des Caraïbes: (i) un solide paysage macroéconomique; (ii) des règles clairement définies qui facilitent l’investissement; (iii) des instruments juridiques et financiers limitant le risque assumé par les investisseurs privés; (iv) la capacité institutionnelle nécessaire à l’exécution du projet; et (v) l’élimination de la corruption.

Heureusement, en Amérique latine et aux Caraïbes, nous avons pu constater directement comment les pays peuvent stimuler les investissements privés et nationaux dans les infrastructures en renforçant ces éléments structurels. Un exemple est le Chili, le premier pays de la région ALC à mettre en œuvre un système de retraite à capitalisation individuelle. Actuellement, ses gestionnaires de fonds de pension (connus en espagnol sous le nom d’AFP) ont accumulé des ressources équivalant à plus de 80% du PIB, augmentant ainsi la disponibilité de capitaux nationaux investissables. La participation de l’AFP a contribué à renforcer et à approfondir les marchés de capitaux du pays, ce qui a également entraîné une plus grande disponibilité et une plus grande diversité de capitalisation pour les entreprises chiliennes, en particulier celles dédiées à la gestion et à la construction des infrastructures. Ces résultats découlent de changements réglementaires, qui ont créé les conditions nécessaires pour catalyser la mobilisation des ressources intérieures grâce à des instruments liés aux investissements dans les infrastructures.

Un autre exemple est le Mexique, qui a récemment mis en œuvre des réformes structurelles qui ont facilité la participation du secteur privé aux projets d’infrastructure dans les domaines de l’énergie et des télécommunications, secteurs traditionnellement considérés comme relevant du domaine public. À ce titre, en collaboration avec le Groupe de la BID, le Mexique a lancé la plate-forme «Proyectos México» (ou «Projects Mexico»), qui publie des informations relatives aux projets d’infrastructure et d’énergie qui nécessitent la participation du secteur privé, facilitant ainsi l’investissement privé et améliorant la transparence des opportunités d’investissement dans les infrastructures.

À la lumière de ces succès et en faisant le bilan des défis persistants dans la région, le Groupe de la BID travaille en étroite collaboration avec les gouvernements pour surmonter les obstacles à la mobilisation des ressources nationales. Ensemble, le Groupe de la BID et ces gouvernements ont la capacité et l’opportunité de partager divers instruments – y compris les garanties, le soutien technique, le soutien aux réformes réglementaires et autres réformes structurelles – qui aident à atténuer le risque d’investir dans les infrastructures et à faciliter la mobilisation des acteurs nationaux et privés ressources pour remplir l’infrastructure en Amérique latine et les Caraïbes.
 

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